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Simplification de l’EUDR pour réduire les coûts de 75 % : pourquoi un allègement des contraintes exige-t-il une traçabilité renforcée ?

Note de la rédaction :

Lorsque l’EUDR a été introduit pour la première fois, les chaînes d’approvisionnement mondiales ont été confrontées à une forte inquiétude face au volume considérable de documents requis. Le paquet de simplification de mai 2026 a complètement transformé cette perception. Cette analyse a été élaborée afin de dissiper l’idée fausse largement répandue dans le secteur selon laquelle la « simplification » équivaut à une « déréglementation ». Nous examinons les risques structurels cachés de ce nouveau cadre, en particulier la manière dont la réduction des formalités administratives en aval a en réalité accru l’exposition juridique et les enjeux de conformité pour les opérateurs en amont et les équipes d’approvisionnement.


Résumé exécutif :

  • Comprendre la réduction des coûts : La baisse de 75 % des coûts de conformité résulte de l’élimination des formalités répétitives pour les acheteurs et les négociants. Cela ne signifie pas que les règles sont plus souples ; cela signifie simplement que le processus administratif a été rationalisé.

  • Obligation en aval : La diligence raisonnable est désormais concentrée sur les premiers opérateurs (en amont) qui mettent les produits sur le marché de l’UE, tandis que les acteurs en aval s’orientent vers le maintien de la continuité des données plutôt que vers la réalisation de contrôles complets de conformité.

  • Plus aucun report : Les échéances de 2026 sont désormais officiellement fixées. Attendre de voir si la réglementation évoluera davantage n’est plus une option viable ; la cartographie des chaînes d’approvisionnement doit commencer dès maintenant.

  • Le rôle de la technologie et des personnes : La réussite exige plus que l’acquisition d’un simple logiciel de conformité. Pour obtenir des données propres et fiables, les entreprises doivent associer des plateformes numériques de traçabilité à un accompagnement concret des producteurs locaux sur le terrain.


Table des matières :

  1. Qu’est-ce que le paquet de simplification de l’EUDR ?

    1. Ce qui reste inchangé : les exigences fondamentales de l’EUDR

    2. Ce qui a changé : les principaux ajustements en matière de conformité

  2. Comment la conformité à l’EUDR a évolué en 2026

    1. La diligence raisonnable se déplace vers l’amont

    2. L’essor de la « conformité passive » pour les acteurs en aval

    3. Un champ d’application des produits plus ciblé et affiné

  3. Pourquoi la traçabilité reste essentielle dans le cadre de l’EUDR

    1. Au-delà des déclarations : la nécessité de données vérifiables

    2. Les défis liés à l’absence de traçabilité de bout en bout

    3. Construire des chaînes d’approvisionnement prêtes pour les audits

  4. De la conformité à l’action : comment les entreprises peuvent se préparer à l’EUDR

    1. Cartographier votre chaîne d’approvisionnement jusqu’au niveau de l’exploitation agricole

    2. Renforcer l’engagement des fournisseurs et la collecte de données

    3. Mettre en place des processus de suivi des risques et de vérification

    4. Adopter des solutions numériques capables d’accompagner la conformité à grande échelle

    5. Associer les outils numériques à la réalité du terrain

  5. Conclusion : la simplification de l’EUDR représente-t-elle une avancée ou un nouveau risque ?

Lorsque l’Union européenne a introduit le Règlement européen sur la déforestation (EUDR), elle a fondamentalement transformé les conditions d’accès des chaînes d’approvisionnement agricoles mondiales à l’un des plus grands marchés de consommation au monde. Pour les producteurs, négociants, fabricants et détaillants opérant dans des filières telles que le café, le cacao, l’huile de palme, le caoutchouc, le bétail, le soja et le bois, le règlement a établi une exigence claire : les produits entrant sur le marché de l’UE doivent pouvoir démontrer qu’ils sont exempts de déforestation et de dégradation des forêts.


Cependant, transformer cette ambition en réalité s’est avéré être le véritable défi.

 

Des préoccupations ont rapidement émergé concernant la complexité administrative, les exigences de déclaration redondantes et la charge disproportionnée imposée aux petits opérateurs. Les organisations professionnelles ont averti que des coûts de conformité excessifs pourraient décourager la participation des petits exploitants et des PME, tout en créant des inefficacités au sein de chaînes d’approvisionnement déjà confrontées à des données fragmentées et à une traçabilité limitée.


À la suite de nombreux reports et d’intenses débats autour du règlement, la Commission européenne a publié son très attendu paquet de simplification de l’EUDR le 4 mai 2026. Ce paquet comprend un document d’orientation actualisé, une version révisée de la Foire aux questions (FAQ) ainsi qu’un projet d’acte délégué modifiant le champ d’application des produits concernés par le règlement.

 

Ce paquet devrait réduire les coûts annuels de conformité des entreprises d’environ 75 % par rapport au cadre initial. Dans le même temps, il renforce la sécurité juridique en précisant que l’EUDR ne sera pas rouvert et que les calendriers de mise en œuvre existants demeurent inchangés (Commission européenne, 2026).

 

Conçu pour simplifier les processus administratifs tout en préservant les objectifs environnementaux du règlement, il s’agit de l’un des ajustements les plus significatifs apportés à la mise en œuvre de l’EUDR depuis son adoption. Comme l’a souligné la Commission dans son communiqué de presse, Jessika Roswall, commissaire à l’Environnement, à la Résilience de l’eau et à une Économie circulaire compétitive, a déclaré :

« Nous introduisons des mesures de simplification qui, combinées aux efforts précédents, réduiront considérablement la charge administrative. Elles devraient diminuer les coûts annuels de conformité des entreprises d’environ 75 %. Notre priorité est de faciliter une mise en œuvre efficace. Nous devons désormais œuvrer à une entrée en application réussie de la législation d’ici la fin de l’année 2026, tout en gardant à l’esprit son objectif fondamental : réduire la déforestation à l’échelle mondiale. »

Pour de nombreuses entreprises, ce nouveau cadre soulève une question essentielle : l’Union européenne a-t-elle réellement réduit les obligations de conformité, ou s’est-elle simplement contentée de déplacer les risques liés à la conformité vers d’autres maillons de la chaîne d’approvisionnement ?



Qu’est-ce que le paquet de simplification de l’EUDR ?

L’EUDR a été conçu pour répondre à l’un des défis environnementaux les plus urgents de notre époque : la conversion continue des forêts en terres agricoles. En exigeant des entreprises qu’elles prouvent que leurs produits ne sont pas liés à la déforestation, ce règlement vise à réduire la contribution de l’Union européenne à la perte mondiale des forêts.


Cependant, à mesure que les échéances de mise en œuvre approchaient, les retours des entreprises ont mis en évidence plusieurs difficultés pratiques. Les entreprises ont signalé des préoccupations concernant les soumissions répétitives de diligence raisonnable, le chevauchement des responsabilités entre les acteurs de la chaîne d’approvisionnement et les difficultés rencontrées par les PME pour s’adapter à des exigences de conformité complexes.

 

  • Ce qui reste inchangé : les exigences fondamentales de l’EUDR

    Malgré les nombreuses discussions autour de la simplification, il est important de comprendre ce qui n’a pas changé.


    Les piliers fondamentaux de l’EUDR demeurent intacts :

    • Les produits doivent être exempts de déforestation.

    • Les matières premières doivent être produites dans le respect de la législation locale applicable.

    • Les entreprises mettant des produits sur le marché de l’UE doivent maintenir des systèmes de diligence raisonnable.

    • Les données de géolocalisation doivent rester disponibles pour les zones de production concernées.

    • Les autorités conservent le pouvoir d’enquêter, d’auditer et de faire appliquer la réglementation.


      Autrement dit, la simplification n’a pas réduit le niveau de preuve requis pour démontrer la conformité. Elle a simplement modifié la manière dont les informations sont collectées, transmises et vérifiées tout au long de la chaîne d’approvisionnement.


      Le paquet de simplification laisse plusieurs éléments de l’EUDR inchangés :

    • Les échéances : Les dates d’application restent fixées au 30 décembre 2026 (grands et moyens opérateurs ainsi que micro et petites entreprises du secteur du bois) et au 30 juin 2027 (autres micro et petites entreprises) conformément à l’article 38, tel que modifié par la révision de décembre 2025.

    • Les sept matières premières : Le bétail, le bois, le cacao, le soja, l’huile de palme, le café et le caoutchouc demeurent les matières premières couvertes par le règlement. Les modifications de l’annexe I concernent uniquement les produits dérivés.

    • La date limite de référence : La date du 31 décembre 2020, utilisée pour déterminer le statut « exempt de déforestation » au titre de l’article 2(13), reste inchangée.

    • Le système de classement des pays selon leur niveau de risque : La méthodologie ainsi que l’obligation de publier une liste des pays à risque élevé, standard et faible en vertu de l’article 29 demeurent inchangées.

    • Les sanctions : L’article 25 (sanctions administratives pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires annuel réalisé dans l’UE) reste inchangé.

 

Comment la conformité à l’EUDR a évolué en 2026

Bien que le paquet de simplification de mai 2026 ne modifie pas l’architecture fondamentale de l’EUDR, il introduit une série d’ajustements ciblés et pragmatiques qui transforment la manière dont le règlement fonctionne dans la pratique. Ces changements visent moins à réduire les ambitions du règlement qu’à rendre sa mise en œuvre opérationnelle à grande échelle.

 

  • La diligence raisonnable se déplace vers l’amont

    L’un des principaux changements concerne la répartition des responsabilités en matière de diligence raisonnable tout au long de la chaîne de valeur. Dans le cadre clarifié, les obligations les plus complètes en matière de diligence raisonnable sont désormais concentrées au niveau du premier opérateur (en amont) mettant les produits sur le marché de l’Union européenne.


    Auparavant, plusieurs acteurs de la chaîne d’approvisionnement réalisaient des démarches de diligence raisonnable qui se chevauchaient. Les importateurs, fabricants et négociants pouvaient chacun être tenus d’effectuer des contrôles de conformité distincts pour les mêmes produits. Les mesures de simplification visent à réduire cette duplication.


    Aujourd’hui, une responsabilité accrue repose sur les opérateurs qui mettent les produits sur le marché de l’UE pour la première fois. Ces acteurs en amont deviennent les principaux dépositaires des informations de diligence raisonnable, tandis que les entreprises en aval s’appuient de plus en plus sur les dossiers de conformité validés générés plus tôt dans la chaîne d’approvisionnement.


  • L’essor de la « conformité passive » pour les acteurs en aval

    La Commission précise également que les premiers opérateurs ou négociants en aval ne sont pas tenus de demander activement des numéros de référence ou des identifiants de déclaration. Les opérateurs en aval ne sont plus tenus de :

    • Effectuer une diligence raisonnable complète.

    • Soumettre des déclarations de diligence raisonnable.

    • Vérifier de manière indépendante la conformité des acteurs en amont.


    Pour les opérateurs en aval, l’accent se déplace de la production de documents originaux de diligence raisonnable vers la conservation de références précises aux enregistrements DDS existants et vers la garantie de la traçabilité tout au long des transactions commerciales. Ils doivent :

    • Maintenir les données de référence DDS.

    • Assurer la traçabilité tout au long des transactions.

    • Fournir des informations aux autorités compétentes sur demande.


    En résumé, les opérateurs et négociants en aval ne sont pas tenus d’exercer eux-mêmes la diligence raisonnable, n’ont pas besoin de soumettre de déclarations de diligence raisonnable et ne sont pas tenus de vérifier que cette diligence a bien été exercée en amont. Ils doivent toutefois collecter et conserver les informations visées à l’article 5(3) et les fournir aux autorités compétentes sur demande (Commission européenne, 2026).


    Cette évolution supprime la charge opérationnelle pesant sur les acteurs en aval, leur laissant essentiellement un rôle administratif de suivi et de conservation des informations.


  • Un champ d’application des produits plus ciblé et affiné

    L’un des changements les plus concrets découle du projet d’acte délégué, qui révise la liste des produits couverts par le règlement (annexe I). L’objectif est clair : concentrer les efforts de conformité sur les produits les plus directement liés au risque de déforestation, tout en excluant ceux dont la pertinence est limitée.


    Pour atteindre cet objectif, la version révisée de l’annexe I réduit l’exposition réglementaire inutile en exemptant les produits ayant achevé leur cycle de vie. Des catégories telles que les déchets, les biens d’occasion, les échantillons et les matériaux destinés aux essais sortent désormais entièrement du champ d’application du règlement. Cette exemption concerne notamment les biens fabriqués à partir de matériaux qui auraient autrement été éliminés, comme le bois récupéré lors du démantèlement de bâtiments ou les produits fabriqués à partir de pellicules de café (« coffee chaff ») (Commission européenne, 2026). Si cette exemption rend le processus de conformité plus efficace pour les produits issus de l’économie circulaire, elle renforce simultanément l’importance de vérifier la qualité des données à la source afin de démontrer qu’un matériau peut réellement être qualifié de déchet.


    À l’inverse, la Commission élargit le champ d’application dans les domaines où les risques de déforestation demeurent significatifs mais étaient auparavant insuffisamment couverts. La liste actualisée inclut désormais certains produits dérivés, tels que le café soluble et certains dérivés de l’huile de palme, ce qui témoigne d’une approche plus fine et plus ciblée fondée sur le niveau de risque.


    Pris dans leur ensemble, ces ajustements traduisent une évolution vers davantage de précision : réduire l’exposition réglementaire inutile tout en renforçant la surveillance là où elle est réellement nécessaire.


    La version révisée de l’annexe I introduit un champ d’application des produits davantage axé sur les risques :

    • Exclus : les déchets, les biens d’occasion et les matériaux destinés aux essais.

    • Inclus : certains produits dérivés, tels que le café soluble et certains produits à base d’huile de palme.

  

Pourquoi la traçabilité reste essentielle dans le cadre de l’EUDR

Le paquet de simplification de l’EUDR a peut-être réduit les charges administratives pour certains opérateurs, mais il n’a pas diminué le besoin de transparence. Au contraire, le cadre révisé accorde une importance encore plus grande à la qualité, à l’accessibilité et à la fiabilité des données de la chaîne d’approvisionnement.


Même si certaines entreprises peuvent désormais s’appuyer sur les Déclarations de Diligence Raisonnable (DDS) générées par les acteurs en amont, la conformité dépend toujours de la capacité à démontrer l’origine des produits, leur parcours au sein de la chaîne d’approvisionnement et leur conformité aux exigences du règlement. Dans ce contexte, la traçabilité demeure le fondement d’une conformité crédible.


  • Au-delà des déclarations : la nécessité de données vérifiables

    Une Déclaration de Diligence Raisonnable n’est fiable que dans la mesure où les données qui la soutiennent le sont également. Dans le cadre de l’EUDR, les autorités conservent le droit d’exiger des preuves concrètes démontrant que les produits sont exempts de déforestation et ont été produits légalement. Les entreprises doivent donc être en mesure d’étayer leurs déclarations à l’aide d’informations vérifiables, notamment les coordonnées de géolocalisation, les registres des fournisseurs, les données de production et les évaluations des risques.


    Les mesures de simplification ne suppriment pas cette exigence. Au contraire, elles rendent encore plus crucial le fait que les données générées en amont restent exactes, complètes et accessibles tout au long de leur circulation dans la chaîne d’approvisionnement. Les entreprises qui s’appuient uniquement sur les déclarations sans conserver de visibilité sur les données sous-jacentes peuvent s’exposer à des risques de non-conformité importants en cas d’inspection ou d’audit réglementaire. À mesure que les réglementations en matière de durabilité évoluent dans le monde entier, les entreprises sont de plus en plus tenues de dépasser une conformité fondée sur les documents pour adopter une approche basée sur la vérification des données.


  • Les défis de l’absence de traçabilité de bout en bout

    De nombreuses chaînes d’approvisionnement en matières premières restent fortement fragmentées, impliquant des milliers de producteurs, de multiples intermédiaires, transformateurs, exportateurs et fabricants opérant dans différentes régions.


    Sans une traçabilité de bout en bout, les entreprises peinent souvent à répondre à des questions fondamentales en matière de conformité :

    • D’où provient la matière première ?

    • Quelles exploitations agricoles ont contribué à un envoi spécifique ?

    • Le produit est-il passé par plusieurs agrégateurs ou intermédiaires ?

    • La documentation justificative est-elle complète et cohérente ?

    • Les informations peuvent-elles être vérifiées lors d’un audit ?


    Ces défis sont particulièrement marqués dans les secteurs dominés par les petits exploitants, tels que le café, le cacao, l’huile de palme, le caoutchouc et le bois, où la collecte de données est souvent effectuée manuellement et où les chaînes d’approvisionnement peuvent s’étendre sur plusieurs niveaux.


    Même dans le cadre simplifié, les lacunes en matière de traçabilité peuvent compromettre la fiabilité des données de diligence raisonnable, rendant plus difficile l’identification des risques, la réponse aux demandes des autorités réglementaires ou la démonstration efficace de la conformité.


  • Construire des chaînes d’approvisionnement prêtes pour les audits

    Se préparer à l’EUDR ne consiste pas simplement à respecter une échéance réglementaire, mais à mettre en place des systèmes capables de soutenir une conformité continue et une vérification permanente. Une chaîne d’approvisionnement prête pour les audits permet aux entreprises d’accéder rapidement aux informations et de les valider à travers leurs opérations d’approvisionnement, leurs réseaux de fournisseurs et leurs zones de production.


    Cela exige davantage que la simple collecte de documents. Il faut une gestion structurée des données, un engagement constant auprès des fournisseurs et une visibilité claire à chaque étape de la chaîne de valeur.


    Les systèmes numériques de traçabilité jouent un rôle essentiel dans l’atteinte de cet objectif. En intégrant les données au niveau des exploitations agricoles, les informations de géolocalisation, les registres des fournisseurs et les évaluations des risques au sein d’une plateforme centralisée, les entreprises peuvent établir une base fiable pour la diligence raisonnable et les obligations de reporting. Au-delà de la gestion des audits EUDR à court terme, ce niveau de transparence renforce la gestion des risques à long terme et permet aux organisations de mieux s’adapter aux futures exigences mondiales en matière de durabilité ainsi qu’à l’évolution des attentes du marché.


De la conformité à l’action : comment les entreprises peuvent se préparer à l’EUDR

Bien que le paquet de simplification ait rationalisé certaines exigences, les entreprises ne peuvent pas se permettre d’adopter une approche passive de la conformité. Celles qui investissent dès maintenant dans la visibilité de leur chaîne d’approvisionnement et dans la gestion de leurs données seront mieux placées pour gérer les risques, préserver leur accès au marché et s’adapter à l’évolution des exigences réglementaires.


Les actions suivantes peuvent aider les organisations à construire une base solide pour se préparer à l’EUDR :


  • Cartographier votre chaîne d’approvisionnement jusqu’au niveau de l’exploitation agricole

    Une conformité réelle est impossible sans savoir précisément d’où proviennent les matières premières et comment elles circulent dans la chaîne d’approvisionnement. Si la plupart des organisations disposent d’une visibilité sur leurs fournisseurs directs (niveau 1 ou Tier 1), cette visibilité devient généralement limitée lorsqu’il s’agit de remonter plus en amont vers les réseaux de petits exploitants, les points de collecte locaux et les parcelles agricoles spécifiques. Cette zone d’ombre rend particulièrement difficile l’évaluation de l’exposition réelle aux risques et la vérification des exigences de conformité.


    Une cartographie complète de la chaîne d’approvisionnement permet aux entreprises d’identifier les origines d’approvisionnement, d’établir des relations avec leurs fournisseurs et de comprendre le parcours des matières premières, de l’exploitation agricole jusqu’au marché. Elle aide également les organisations à évaluer leur exposition aux régions à haut risque et à prioriser les mesures d’atténuation là où elles sont le plus nécessaires.


  • Renforcer l’engagement des fournisseurs et la collecte des données

    La collecte des données nécessaires à la conformité — notamment les coordonnées de géolocalisation, les volumes de production, les documents légaux et les informations relatives à la durabilité — exige un véritable partenariat avec les fournisseurs. En effet, de nombreux producteurs, en particulier les petits exploitants indépendants, ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour structurer ces données de manière cohérente, ni même pour comprendre pourquoi elles sont demandées.


    Les entreprises qui investissent activement dans des initiatives de renforcement des capacités ont beaucoup plus de chances d’obtenir des ensembles de données précis, complets et fiables.


    Le développement de procédures normalisées de collecte de données contribue également à améliorer la qualité des données, à réduire les incohérences et à renforcer la fiabilité des rapports de conformité.


  • Mettre en place des processus de suivi et de vérification des risques

    Les risques de déforestation, la situation des fournisseurs et les conditions d’approvisionnement peuvent évoluer au fil du temps. Par conséquent, les entreprises doivent mettre en place des processus continus pour surveiller leur exposition aux risques et vérifier l’exactitude des informations relatives à leur chaîne d’approvisionnement.


    Une gestion efficace des risques implique la réalisation régulière d’évaluations, l’identification des zones potentielles de préoccupation et la mise en œuvre de mesures d’atténuation lorsque cela est nécessaire. Elle exige également un suivi continu des zones de production et des activités des fournisseurs afin de détecter rapidement tout risque émergent.


    Il est tout aussi important de conserver des dossiers complets concernant les évaluations des risques, les activités de vérification et les actions correctives. Ces documents constituent des preuves essentielles lors des audits et démontrent que les organisations gèrent activement leurs obligations de conformité plutôt que de s’appuyer uniquement sur des données historiques.


  • Adopter des solutions numériques capables d’accompagner la conformité à grande échelle

    Gérer les exigences de l’EUDR de manière manuelle constitue une voie vers l’échec opérationnel à mesure que les chaînes d’approvisionnement se développent. S’appuyer sur des feuilles de calcul dispersées, des échanges d’e-mails et des bases de données isolées crée souvent des inefficacités, augmente le risque d’erreurs humaines, favorise les silos de données et complique la consolidation des informations provenant de multiples fournisseurs et régions lors des audits.


    Les solutions numériques de traçabilité éliminent ces obstacles et offrent une approche plus évolutive en intégrant la traçabilité, l’évaluation des risques, la gestion des fournisseurs et le reporting au sein d’un système unique. Cela permet aux organisations de réduire la charge administrative, de centraliser les informations de conformité, d’améliorer la qualité des données et de rationaliser les processus de diligence raisonnable.


  • Associer les outils numériques à la réalité du terrain

    L’acquisition d’une simple licence logicielle ne suffira pas à résoudre les défis liés à l’EUDR. La conformité reposant entièrement sur les données collectées dès le début de la chaîne d’approvisionnement, les outils numériques perdent leur utilité sans un partenaire capable d’intervenir sur le terrain et d’obtenir la coopération des producteurs en amont. Cette approche intégrée garantit que, tandis que les équipes de conformité disposent des tableaux de bord automatisés dont elles ont besoin, les opérations locales bénéficient d’un accompagnement direct et concret pour enregistrer à la source des informations précises et vérifiées.


    Cette présence sur le terrain est particulièrement essentielle dans les chaînes d’approvisionnement agricoles complexes telles que celles de l’huile de palme, du café ou du cacao, où la visibilité des entreprises s’arrête souvent au niveau des fournisseurs directs. Les véritables partenaires technologiques comblent l’écart entre les exigences juridiques internationales et les petits producteurs indépendants en amont, qui peuvent ne pas disposer des compétences numériques ou des infrastructures nécessaires pour collecter et structurer des données de géolocalisation.


    En définitive, les organisations qui investissent dans des capacités robustes de traçabilité et de gestion des données seront mieux préparées à répondre aux attentes réglementaires en constante évolution tout en construisant des chaînes d’approvisionnement plus résilientes et plus transparentes.


Conclusion : la simplification de l’EUDR constitue-t-elle une avancée ou un nouveau risque ?

Le paquet de simplification de l’EUDR représente une réponse pragmatique à des préoccupations légitimes exprimées par les acteurs du secteur. En réduisant les démarches administratives redondantes et en allégeant certaines exigences pour les petites entreprises, l’Union européenne a amélioré la faisabilité opérationnelle de la conformité à l’échelle commerciale. Toutefois, les exigences juridiques fondamentales ainsi que les lourdes sanctions financières demeurent pleinement en vigueur ; l’UE a simplement déplacé le poids du risque en concentrant la responsabilité juridique sur les opérateurs en amont, tandis que les entreprises en aval deviennent principalement des gestionnaires et conservateurs de données.


Pour les entreprises, cela crée une nouvelle réalité. La conformité repose désormais moins sur la production d’un volume croissant de documents que sur la capacité à maintenir des données fiables, vérifiables et transparentes. À l’approche de la fin de l’année 2026, un principe apparaît de plus en plus clairement : les entreprises capables de démontrer une traçabilité de bout en bout seront les mieux préparées pour répondre non seulement aux réglementations actuelles, mais également à la prochaine génération d’exigences en matière de durabilité.

Éditrice : Gusi Ayu Putri Chandrika Sari, Spécialiste des médias sociaux chez KOLTIVA


Gusi Ayu Putri Chandrika Sari associe son expertise en marketing numérique et en médias sociaux à un engagement profond en faveur du développement durable, soutenu par plus de huit années d’expérience dans le domaine de la communication. Son travail consiste à élaborer des récits percutants qui relient la technologie, l’agriculture et la responsabilité environnementale. Animée par la volonté de promouvoir des pratiques durables, elle crée des contenus engageants et centrés sur les besoins des audiences à travers une grande variété de plateformes numériques.


Ressources :

  • European Commission. (2026). Frequently asked questions: Regulation on deforestation-free products (5th iteration update). Directorate-General for Environment. https://environment.ec.europa.eu/document/download/744919a7-8650-4850-89ad-a597268cd69e_en?filename=FAQ-UPDATE-5th-Iteration%20FINAL.pdf

  • European Commission, Directorate-General for Environment. (2026). Guidance document for the regulation on deforestation-free products (2026). https://green-forum.ec.europa.eu/document/download/030c9bf7-a935-4d4d-91c6-bbddd745c181_en?filename=Guidance%20Document%20for%20the%20Regulation%20on%20Deforestation-Free%20Products%20%282026%29.pdf

  • European Commission. (2026). Commission publishes simplification review of EU Deforestation Regulation. European Commission Press Corner. https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_26_941

 
 
 

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