top of page

L’écart de 2,1 % : pourquoi l’approvisionnement conforme à l’EUDR nécessite une traçabilité post-récolte et un travail sur le terrain

Note de la rédaction :

Demandez à une équipe chargée des achats ou de l’approvisionnement ce que la conformité à l’EUDR exige réellement, et la réponse s’arrête généralement à la sortie de l’exploitation : cartographier la parcelle, la géolocaliser et déposer la Déclaration de diligence raisonnable. Cette hypothèse mérite d’être remise en question, car elle est incomplète d’une manière qui a un coût. L’étape où se produit la majeure partie des pertes alimentaires, de la récolte à la vente au détail, et non au niveau de l’exploitation elle-même, est également celle où les données de traçabilité sont le plus souvent interrompues. Une parcelle géolocalisée ne reste pas conforme à elle seule si ce qui en sort est mal séché, mal stocké ou passe entre les mains d’un négociant non suivi avant même d’atteindre un acheteur.


Nous observons directement ce phénomène dans le cadre de nos activités post-récolte, notamment dans la filière cacao : des techniques inadéquates de séchage et de stockage qui dégradent une récolte avant même sa commercialisation, ainsi que l’absence de registres de transactions ou le recours à des enregistrements informels lorsqu’une récolte change de mains entre le producteur, le négociant et l’acheteur. Dans les deux cas, il s’agit de problèmes post-récolte au sens courant du terme. Mais ce sont également des problèmes de conformité, car une rupture dans l’un ou l’autre de ces maillons rompt la même chaîne de traçabilité que la Déclaration de diligence raisonnable est censée démontrer.


C’est un argument que nous avons défendu à plusieurs reprises cette année, notamment lors d’une session régionale du secteur au début de 2026. Ce qui suit reflète le point de vue de KOLTIVA, fondé sur ce que nous observons quotidiennement dans nos opérations de terrain dans 94 pays : combler le déficit post-récolte nécessite à la fois une trace numérique de ce qui s’est réellement passé sur le terrain et une personne capable de modifier concrètement les pratiques sur place. C’est précisément cette combinaison qui est au cœur de KoltiTrace et de KoltiSkills.


Résumé exécutif :

  • Les chaînes d’approvisionnement peuvent être pleinement conformes à l’EUDR sur le papier (coordonnées géographiques cartographiées, Déclaration de diligence raisonnable déposée), tout en perdant le produit, sa qualité et ses données de traçabilité dès la fin de la récolte. La conformité au niveau de l’exploitation ne garantit pas l’intégrité de la chaîne au-delà de celle-ci.

  • Pourtant, une récente cartographie des outils d’agriculture numérique en Indonésie a révélé que seulement 2,1 % des technologies adoptées par les producteurs ciblent la gestion post-récolte. La plupart se concentrent sur la plantation, l’entretien et la commercialisation. L’étape de la chaîne de valeur où les pertes sont les plus importantes reste ainsi la moins desservie par l’innovation (Beanstalk, 2026).

  • Il ne s’agit pas tant d’un manque de technologies que d’un problème de ciblage et d’infrastructures. Les solutions post-récolte doivent combiner le suivi de la conformité, la gestion de la qualité et, souvent, des capacités de stockage ou de logistique, plutôt que de proposer une solution ponctuelle répondant à un seul problème.

  • Dans cette perspective, l’EUDR n’est pas un simple exercice administratif, mais un catalyseur qui accélère les investissements dont l’étape post-récolte est privée depuis des années. La préparation à la conformité devient ainsi une conséquence d’une bonne gestion post-récolte, et non une fin en soi. C’est le principe opérationnel qui sous-tend l’association de KoltiTrace (logiciel de traçabilité) et de KoltiSkills (services d’accompagnement sur le terrain) par KOLTIVA : des données numériques sans présence sur le terrain ne font que documenter des pertes évitables ; une formation sur le terrain sans données ne peut jamais devenir vérifiable.

  • Combler le déficit post-récolte n’est pas la responsabilité d’un seul acteur de la chaîne. Cela nécessite des investissements partagés entre les acheteurs du secteur, les financeurs, les fournisseurs de technologies et les prestataires de services de terrain, en considérant les infrastructures post-récolte comme des infrastructures collectives de la chaîne d’approvisionnement, comparables aux routes ou aux installations de stockage frigorifique, plutôt que comme un service qu’un seul acteur achète à un autre.


Table des matières

  • L’angle mort que personne n’intègre dans ses calculs

  • L’EUDR n’a jamais vraiment été une question de paperasse

  • La couche manquante : pourquoi les logiciels seuls ne suffisent pas à préserver une récolte

  • La proposition de KOLTIVA : là où KoltiTrace rencontre KoltiSkills

  • À quoi cela ressemble sur le terrain

  • Construire une responsabilité partagée, plutôt qu’une facture unique

  • Ce que cela signifie pour les acheteurs et les investisseurs

  • Foire aux questions (FAQ)


L’angle mort que personne n’intègre dans ses calculs

L’ampleur des pertes et du gaspillage alimentaires à l’échelle mondiale est bien connue, même si leur estimation exacte fait encore débat. L’estimation de longue date de la FAO indique qu’environ un tiers de tous les aliments produits pour la consommation humaine, soit près de 1,3 milliard de tonnes par an, sont perdus ou gaspillés. Des données plus récentes de la FAO et du PNUE permettent d’affiner cette estimation : environ 13 à 14 % des aliments sont perdus au cours de la chaîne d’approvisionnement après la récolte et avant d’atteindre le commerce de détail, tandis que 17 à 19 % supplémentaires sont gaspillés au niveau du commerce de détail, de la restauration et des ménages (Stop Food Loss and Waste, s. d.). Les pertes et le gaspillage alimentaires représenteraient également 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Une manière utile de comprendre ces chiffres est de considérer que chaque tonne d’aliments perdue après la récolte représente un coût réel en eau, en main-d’œuvre, en terres et en émissions, qui a été engagé sans jamais être récupéré.


Ce qui est moins bien compris, c’est la destination réelle des investissements visant à résoudre ce problème. Une cartographie des outils d’agriculture numérique adoptés par les producteurs en Indonésie, présentée lors de la deuxième session de RAFT APAC par Beanstalk (Rescuing the Missing Third: Session 2 of Regional Agri-Food Transition Network/RAFT APAC), a révélé que la grande majorité de ces outils se concentre sur la plantation, l’entretien et la commercialisation. Seulement 2,1 % ciblent la gestion post-récolte, précisément l’étape que la FAO identifie comme responsable d’environ un tiers des pertes alimentaires totales. Cela correspond à ce que nous observons dans nos propres opérations de terrain dans les filières du cacao, du café, de l’huile de palme et d’une douzaine d’autres matières premières.


L’instinct est de considérer un tel écart comme un manque de technologies. Ce n’est pas le cas. Les innovations nécessaires existent déjà : les balances numériques, les capteurs d’humidité, les plateformes de logistique sous chaîne du froid et les outils de classement de la qualité sont tous disponibles sur le marché. Ce qui manque, c’est l’intégration. Une application destinée à l’étape de la plantation peut fonctionner comme une solution ponctuelle. Elle recommande une période optimale de plantation ou signale un risque lié aux ravageurs, et son rôle s’arrête pour l’essentiel là. Une solution post-récolte ne peut pas se contenter de cela. Pour réellement prévenir les pertes, elle doit combiner plusieurs éléments fonctionnant simultanément : un enregistrement numérique de ce qui a été récolté et à quel moment, une piste de conformité capable de résister aux contrôles réglementaires, un mécanisme d’évaluation de la qualité et, dans de nombreux cas, des capacités physiques de stockage ou de transport. Aucun de ces éléments ne peut fonctionner uniquement grâce à un logiciel : une piste de conformité dépend toujours de quelqu’un sur le terrain pour vérifier que les données correspondent bien à ce qui s’est réellement passé. Il s’agit d’un problème beaucoup plus complexe à concevoir, commercialiser et déployer à grande échelle qu’une application à usage unique, ce qui explique en grande partie pourquoi si peu d’investissements dans l’agritech se sont dirigés vers ce domaine.


Le problème est également amplifié au niveau des petits producteurs, qui sont au cœur des filières de matières premières couvertes par l’EUDR. Le cacao, le café et l’huile de palme sont principalement produits par des agriculteurs exploitant des parcelles de deux à cinq hectares, souvent sans capacités de stockage fiables, sans informations suffisantes sur les prix et sans pouvoir de négociation leur permettant d’attendre une meilleure offre. En Afrique de l’Ouest, les producteurs de cacao ne percevaient historiquement que 60 à 70 % du prix international de leurs fèves, contre environ 90 % pour les producteurs de marchés plus consolidés comme l’Équateur (Reuters, 2025). Une partie de cet écart s’explique par le fait que les producteurs sont contraints de vendre immédiatement après la récolte, plutôt que de stocker leur production jusqu’à ce que les conditions ou les prix s’améliorent. L’investissement dans les infrastructures et les pratiques post-récolte ne constitue donc pas seulement un enjeu de prévention des pertes. Pour des millions de petits producteurs, il s’agit directement d’un enjeu de revenus.



L’EUDR n’a jamais vraiment été une question de paperasse

En vertu du Règlement (UE) 2025/2650, le Règlement européen sur la déforestation s’applique désormais à partir du 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et du 30 juin 2027 pour les microentreprises et les petites entreprises. Il s’agit du deuxième report depuis l’adoption du règlement en 2023. Il couvre le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc, le soja, les bovins et le bois, ainsi que leurs produits dérivés, et impose aux opérateurs de démontrer, à l’aide de données de géolocalisation, que les marchandises n’ont pas été produites sur des terres ayant fait l’objet d’une déforestation après décembre 2020. L’examen de simplification mené par la Commission européenne en mai 2026 a confirmé qu’aucun nouveau report du texte de fond n’était prévu, et une nouvelle série de mesures d’application a suivi en juillet 2026. L’orientation générale est désormais établie, même si les échéances précises ont évolué.


La plupart des articles consacrés à l’EUDR le présentent comme un exercice documentaire : collecter les coordonnées, générer une Déclaration de diligence raisonnable, la soumettre, puis passer à autre chose. Cette approche décrit les mécanismes, mais passe à côté de l’essentiel. Les matières premières couvertes par l’EUDR, notamment le cacao, le café et l’huile de palme, sont précisément celles pour lesquelles la gestion post-récolte détermine à la fois la qualité du produit et la traçabilité de la chaîne d’approvisionnement. Une cargaison de cacao qui se détériore en raison de conditions de stockage inadéquates, ou qui passe par un négociant intermédiaire non suivi, ne constitue pas uniquement une perte alimentaire. Il s’agit également d’une chaîne d’approvisionnement qui a perdu son lien vérifié avec l’exploitation d’origine, précisément le lien dont une Déclaration de diligence raisonnable est censée démontrer l’existence.


Il est important de le rappeler clairement, car cela change la manière dont l’investissement doit être envisagé. Un acheteur qui considère l’EUDR uniquement comme un coût de conformité cherche à satisfaire l’audit. Un acheteur qui comprend que la gestion post-récolte et l’intégrité de la traçabilité constituent un même problème sous-jacent cherche à répondre à l’audit tout en traitant les enjeux de pertes, de qualité et de revenus des producteurs, qui entraînaient déjà des coûts bien avant l’entrée en vigueur de cette réglementation. Dans cette perspective, la conformité découle d’une bonne gestion post-récolte. Elle n’a jamais vraiment constitué l’objectif qui devait motiver l’investissement.


Il convient également de souligner que l’EUDR ne sera pas la dernière réglementation à imposer ce type d’exigences. Les obligations en matière de diligence raisonnable et de traçabilité se multiplient sur les différents marchés : les propres règles de l’Union européenne en matière de diligence raisonnable relative aux droits humains, ainsi qu’un nombre croissant d’exigences en matière de sécurité des importations et de visibilité des chaînes d’approvisionnement ailleurs dans le monde, vont dans la même direction. Les acheteurs qui développent dès aujourd’hui des infrastructures post-récolte en réponse à l’EUDR construisent une capacité qui sera très probablement à nouveau nécessaire dans quelques années, sous le nom d’une autre réglementation. C’est l’argument le plus solide pour considérer cette démarche comme un investissement dans les infrastructures plutôt que comme un simple projet de conformité ponctuel.


La couche manquante : pourquoi les logiciels seuls ne suffisent pas à préserver une récolte

Une plateforme numérique de traçabilité peut indiquer à un acheteur exactement d’où provient une cargaison de cacao, quand elle a été déplacée et qui l’a manipulée au cours de son parcours. En revanche, elle ne peut pas apprendre à un producteur comment sécher correctement son cacao ni avertir le responsable d’une coopérative qu’un lot risque de se détériorer dans trois jours. C’est précisément dans cet écart, entre disposer de données sur une récolte et avoir les capacités nécessaires pour réellement la préserver, que la plupart des stratégies post-récolte échouent.


Cette analyse n’est pas propre à KOLTIVA. Lors de la session de RAFT APAC, Subhadeep Sanyal de Wavemaker Impact a formulé un constat similaire du point de vue de l’investissement : les infrastructures physiques et les outils numériques doivent progresser de concert, car aucun des deux ne peut fonctionner efficacement isolément. Il a cité l’exemple d’un projet de son portefeuille consacré à la production de riz bas carbone, dans lequel la technique agronomique sous-jacente existait depuis plusieurs années. Ce qui faisait défaut n’était pas la connaissance scientifique, mais la structure d’incitation et de mise en œuvre permettant aux producteurs d’adopter cette pratique de manière volontaire et concrète. C’est une confirmation externe utile d’un principe sur lequel nous avons construit notre propre modèle opérationnel : la technologie crée de la visibilité, mais la visibilité seule ne change pas ce qui se passe sur une claie de séchage dans un village situé à trois heures de la route goudronnée la plus proche.

Ainu Rofiq, cofondateur de KOLTIVA, a formulé le même constat depuis l’intérieur de l’entreprise lors de cette même session. « La technologie à elle seule ne peut pas tout résoudre. C’est pourquoi nous déployons nos agents de terrain et proposons des services d’accompagnement sur le terrain afin de former les producteurs aux bonnes pratiques agricoles. Cela comprend également une gestion post-récolte appropriée : le tri, les techniques de transformation, ainsi que le maintien de la qualité et de la durée de conservation des récoltes », a déclaré Ainu.

Dans le cadre de nos propres opérations de terrain, ce schéma se répète dans différentes filières. Une application destinée aux producteurs peut enregistrer une transaction au moment où elle a lieu, en remplacement d’un registre papier ou d’un fichier Excel dont l’existence et la fiabilité peuvent être incertaines. Mais l’application n’empêche pas un lot de café de subir une fermentation excessive parce que personne n’a expliqué le bon moment pour intervenir. Elle n’empêche pas non plus un acheteur de cacao de rejeter une cargaison parce que le producteur a utilisé un intrant interdit par les spécifications de l’acheteur. Ces résultats sont déterminés par ce qui se passe physiquement, au niveau de l’exploitation et dans les premiers maillons de la chaîne d’approvisionnement. C’est précisément cette couche que les stratégies génériques visant à « numériser les producteurs » ont tendance à négliger.


La proposition de KOLTIVA : là où KoltiTrace rencontre KoltiSkills

KOLTIVA s’est construite autour de l’idée que combler cet écart nécessite deux niveaux connectés travaillant simultanément sur le même problème, et non une seule équipe développant un logiciel en espérant ensuite son adoption. En pratique, cela signifie associer KoltiTrace, notre plateforme de traçabilité et de gestion des exploitations agricoles, à KoltiSkills, notre branche de services d’accompagnement sur le terrain, et orienter spécifiquement ces deux solutions vers l’étape post-récolte, plutôt que de considérer la gestion post-récolte comme une simple étape secondaire après la cartographie des exploitations.


KoltiTrace : le registre numérique

KoltiTrace fournit la base numérique nécessaire pour suivre les produits au-delà de la sortie de l’exploitation. La plateforme intègre la gestion des exploitations agricoles, la géolocalisation et la cartographie des polygones, le suivi de la déforestation et des changements d’utilisation des terres (GES), ainsi qu’une traçabilité fondée sur des données vérifiées au sein d’un même système d’information de gestion, permettant de suivre une culture de la semence jusqu’à la table.


Pour la gestion post-récolte en particulier, trois fonctionnalités sont essentielles :

  • Les registres numériques des transactions remplacent les documents papier et les feuilles de calcul, offrant aux producteurs, agrégateurs et acheteurs une vision commune et en temps réel de ce qui a été déplacé, à quel moment et avec quel niveau de qualité, plutôt qu’un registre qui pourrait n’exister, s’il existe, que sur papier au point de vente.

  • La visibilité de bout en bout des expéditions permet aux entreprises et aux acheteurs, ainsi qu’aux opérateurs de la chaîne d’approvisionnement, de suivre les produits depuis le premier kilomètre jusqu’au niveau de l’usine, en identifiant les stocks mal acheminés ou retardés qui peuvent provoquer une détérioration pendant le transport avant qu’ils ne deviennent une perte totale.

  • La couche de cartographie de la déforestation et des GES de la plateforme garantit que la même chaîne de données utilisée pour démontrer l’origine d’une expédition dans le cadre de la conformité à l’EUDR permet également de déterminer où, tout au long du parcours post-récolte, se produisent les pertes de temps, de qualité et de volume.

 

KoltiSkills : le volet humain

KoltiSkills constitue la composante du modèle qu’un tableau de bord ne peut pas remplacer. Il déploie des agents de terrain directement auprès des personnes qui prennent les décisions post-récolte : non seulement les producteurs, mais aussi les agrégateurs, les coopératives, les vendeurs d’intrants agricoles et les négociants locaux qui interviennent entre la sortie de l’exploitation et l’usine, et qui sont souvent les maillons où les pertes s’accumulent réellement.


En pratique, cela couvre quatre domaines :

  • Cartographie et vérification de la chaîne d’approvisionnement, notamment grâce au profilage des ménages et à l’évaluation des exploitations, qui vont au-delà d’un simple point GPS pour comprendre le potentiel de production et les risques ;

  • Formation et accompagnement aux bonnes pratiques agricoles, notamment sur les étapes spécifiques de la gestion post-récolte (tri, séchage, durée de fermentation, stockage) qui déterminent si une récolte peut être conservée suffisamment longtemps pour parvenir à l’acheteur dans un état commercialisable ;

  • Accompagnement des acteurs de la chaîne d’approvisionnement du premier kilomètre, notamment la vérification de la traçabilité des produits, l’accompagnement des vendeurs d’intrants agricoles dans la professionnalisation de leurs activités et l’appui en matière de légalité foncière afin d’aider les producteurs à obtenir les documents nécessaires à la certification et au financement ;

  • Préparation à la certification et à la conformité pour des standards tels que Rainforest Alliance, RSPO, 4C et FSC, qui recoupent de plus en plus les exigences de l’EUDR lui-même.


Pourquoi les deux doivent fonctionner ensemble 

Aucune de ces deux composantes ne permet à elle seule de résoudre le problème post-récolte. KoltiTrace sans KoltiSkills produit un registre très précis d’une perte évitable : une expédition parfaitement documentée qui s’est malgré tout détériorée, parce que personne n’était présent pour corriger une erreur de manipulation avant qu’elle ne s’aggrave. KoltiSkills sans KoltiTrace permet de former efficacement les producteurs, mais leurs pratiques améliorées ne deviennent jamais visibles ou vérifiables pour un acheteur et ne se traduisent donc jamais par un accès au marché ou une reconnaissance de leur valeur par les prix qui justifierait la pérennisation de la formation.


Ensemble, les deux créent une boucle : les agents de terrain génèrent et vérifient les données enregistrées par KoltiTrace, ces données montrent aux acheteurs et aux propres équipes de KOLTIVA où les pertes sont concentrées, et cette visibilité permet de déterminer sur quels aspects le prochain cycle d’accompagnement sur le terrain doit se concentrer. La préparation à la conformité, sous la forme d’un registre traçable, géolocalisé et prêt pour les audits, ressort de cette boucle comme un résultat indirect. Ce n’était jamais la donnée d’entrée que l’ensemble du système avait été conçu pour produire.


À quoi cela ressemble sur le terrain

Dans une région d’approvisionnement en cacao composée de petits producteurs, les agriculteurs vendaient traditionnellement leur récolte peu après la récolte, quel que soit le prix, notamment parce qu’ils ne disposaient pas de conseils fiables en matière de stockage et n’avaient aucun historique numérique de leurs propres ventes sur lequel s’appuyer pour négocier. L’introduction des registres numériques au niveau des exploitations de KoltiTrace, associée à l’accompagnement des agents de terrain de KoltiSkills sur les bonnes techniques de séchage et de stockage, a apporté aux producteurs deux éléments essentiels à la fois : une visibilité sur leur propre historique de transactions et les connaissances pratiques nécessaires pour stocker le cacao en toute sécurité pendant plusieurs mois, plutôt que de le vendre immédiatement par nécessité. Avec une manipulation appropriée, le cacao peut généralement être stocké pendant plusieurs mois sans perte significative de qualité. Sans cela, la qualité, et donc le prix qu’un producteur peut obtenir, se dégrade rapidement, et un lot rejeté ou déclassé finit souvent par être revendu sur un marché local à plus faible valeur plutôt que d’intégrer la chaîne d’approvisionnement de l’acheteur.


La même combinaison s’applique à la qualité des intrants. KoltiTrace suit les intrants agricoles utilisés par un producteur en parallèle des données relatives à sa récolte, tandis que KoltiSkills travaille directement avec les vendeurs locaux d’intrants agricoles afin d’améliorer les produits disponibles et leur utilisation. Cela est important, car des intrants qui ne répondent pas aux spécifications d’un acheteur, par exemple un pesticide soumis à des restrictions, entraînent directement le rejet de la récolte au niveau de l’usine, et le producteur assume cette perte en revendant sa production sur un marché à plus faible valeur. Traiter la qualité des intrants au point de vente, plutôt que de découvrir le problème au niveau de l’usine plusieurs mois plus tard, constitue à tous égards une intervention post-récolte, même si elle intervient avant la récolte.


Dans les deux cas, le résultat en matière de conformité, à savoir un registre traçable, géolocalisé et prêt pour l’EUDR, couvrant l’origine, la gestion et les intrants utilisés pour la culture, est le fruit d’un travail qui a commencé par la prévention des pertes et l’amélioration des revenus des producteurs, et non par une simple liste de contrôle réglementaire. C’est, selon nous, l’ordre que le secteur a globalement inversé pendant une grande partie de la dernière décennie : construire des systèmes de traçabilité pour répondre à une réglementation, plutôt que de développer des capacités post-récolte qui permettent, chemin faisant, de répondre à cette même réglementation.


Construire une responsabilité partagée, plutôt qu’une facture unique

Une question légitime découle de tout cela : qui finance les infrastructures nécessaires pour combler le déficit post-récolte ? Il est tentant de considérer cette situation comme une faiblesse non résolue, comme si la réponse était simplement que personne ne souhaite la financer. Nous ne pensons pas que ce soit la bonne interprétation. Une approche plus pertinente, qui correspond également à ce qui fonctionne réellement sur les marchés où les investissements post-récolte ont pris de l’ampleur, consiste à envisager une responsabilité partagée tout au long de la chaîne de valeur, plutôt que de faire peser la facture sur un seul acteur.


Les acheteurs du secteur qui financent les infrastructures post-récolte bénéficient simultanément d’une plus grande sécurité d’approvisionnement, d’une réduction des rejets liés à la qualité et d’une meilleure préparation à l’EUDR grâce au même investissement. Les financeurs, notamment les institutions de financement du développement et les investisseurs à impact disposés à absorber les risques en phase initiale que les capitaux purement commerciaux ne peuvent pas toujours prendre, bénéficient d’une classe d’actifs progressivement moins risquée et de plus en plus traçable à mesure que la qualité des données post-récolte s’améliore. Les fournisseurs de technologies et de services de terrain, dont KOLTIVA, bénéficient de l’échelle nécessaire pour rendre le modèle sous-jacent économiquement viable, puisque le coût d’une visite d’un agent de terrain ou d’une évaluation d’exploitation diminue à mesure que le réseau qui l’entoure se développe. La contribution de chaque acteur rend l’investissement des autres plus viable. Cette approche ressemble davantage à la manière dont sont construites les routes ou les infrastructures de stockage frigorifique, grâce à des investissements mixtes et complémentaires, qu’à une simple transaction entre un acheteur et un prestataire de services. C’est le modèle que nous encourageons les acheteurs et les financeurs qui évaluent ce domaine à rechercher.


Ce que cela signifie pour les acheteurs et les investisseurs

Pour les entreprises qui s’approvisionnent en matières premières couvertes par l’EUDR, cela plaide en faveur d’une évaluation conjointe des investissements dans la traçabilité et dans les infrastructures post-récolte, plutôt que de les considérer comme deux postes distincts. Une plateforme de traçabilité capable de générer une Déclaration de diligence raisonnable, mais qui ne dispose d’aucun mécanisme pour améliorer ce qui se passe concrètement entre la récolte et la livraison, ne résout que la moitié du problème : celle de l’audit, et non celle des pertes, de la qualité ou des revenus des producteurs. L’inverse est tout aussi vrai. Les programmes de formation sur le terrain qui ne génèrent jamais de données vérifiables et géolocalisées laissent les acheteurs dans l’incapacité de démontrer, à un régulateur ou à leurs propres consommateurs finaux, que les améliorations ont réellement été mises en œuvre.


Les organisations les mieux positionnées pour faire face au renforcement des exigences réglementaires au cours des prochaines années seront celles qui considèrent la gestion post-récolte comme une infrastructure essentielle de la chaîne d’approvisionnement, dans laquelle il est pertinent d’investir conjointement avec les fournisseurs, les financeurs et les partenaires technologiques, plutôt que comme un coût de conformité à minimiser. Le « tiers manquant » n’est pas absent parce que le secteur manque d’idées ; il l’est parce que trop peu de ces idées ont été orientées, de manière délibérée et collective, vers l’étape située entre la récolte et le marché, là où les pertes se produisent réellement.


Foire aux questions (FAQ)

Qu’est-ce que le « tiers manquant » dans les discussions sur les pertes alimentaires ?

Le terme fait référence à l’estimation de la FAO selon laquelle environ un tiers de tous les aliments produits dans le monde pour la consommation humaine sont perdus ou gaspillés avant ou après avoir atteint les consommateurs : une partie du système alimentaire qui ne produit jamais la valeur qui lui était destinée.

Les matières premières couvertes par l’EUDR, notamment le cacao, le café et l’huile de palme, sont également des produits pour lesquels la gestion post-récolte détermine si une cargaison conserve sa qualité et son lien traçable avec l’exploitation agricole d’origine. Une mauvaise gestion post-récolte peut compromettre à la fois le produit et les données de conformité.

Il s’agit davantage d’un déficit d’infrastructures et d’intégration que d’un manque de technologies disponibles. Les solutions post-récolte nécessitent de faire fonctionner ensemble des systèmes de conformité, des dispositifs de gestion de la qualité et, souvent, des capacités physiques de stockage ou de logistique, ce qui les rend plus complexes à concevoir et à adopter que des outils à usage unique destinés à la plantation ou à l’entretien.

Une plateforme de traçabilité peut indiquer l’origine d’une récolte et suivre son parcours, mais elle ne peut pas corriger en temps réel une erreur de manipulation ni apprendre à un producteur les bonnes techniques de séchage et de stockage. Cela nécessite des personnes sur le terrain, c’est pourquoi KOLTIVA associe KoltiTrace à KoltiSkills plutôt que de considérer le logiciel comme une solution complète.

KoltiSkills est la branche de services d’accompagnement de KOLTIVA sur le terrain. Elle couvre la cartographie et la vérification des chaînes d’approvisionnement, la formation et l’accompagnement aux bonnes pratiques agricoles, notamment en matière de gestion post-récolte, l’accompagnement des agrégateurs et des vendeurs d’intrants agricoles, l’appui en matière de légalité foncière et la préparation à la certification pour des standards tels que Rainforest Alliance, RSPO, 4C et FSC.

KoltiTrace est le logiciel de traçabilité et de gestion des exploitations agricoles de KOLTIVA. Il couvre la gestion des exploitations, la géolocalisation et la cartographie des polygones, le suivi de la déforestation et des GES/changements d’utilisation des terres, les données d’agriculture intelligente intégrant l’IoT et la traçabilité numérique des transactions de bout en bout, de la semence à la table.

Il est préférable de considérer ces investissements comme un effort partagé entre les acheteurs du secteur, les financeurs et les fournisseurs de technologies et de services de terrain, à l’image du financement d’infrastructures telles que les routes ou les installations de stockage frigorifique, plutôt que comme un coût qu’un seul acteur de la chaîne devrait être contraint d’assumer seul.

Oui. En vertu du Règlement (UE) 2025/2650, adopté en décembre 2025, la date d’application a été reportée au 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et au 30 juin 2027 pour les microentreprises et les petites entreprises. Il s’agit du deuxième report depuis l’adoption du règlement en 2023.

Auteur : Daniel Prasetyo, Head of Corporate Communication chez KOLTIVA*

Fort de plus de dix ans d’expérience dans divers secteurs, Daniel dirige les activités de relations publiques et de communication corporate. En intégrant l’image de marque, le positionnement et l’engagement des parties prenantes à son approche, il joue un rôle clé dans le soutien à la croissance de l’entreprise et dans le développement de la perception de la marque.


Ressources:

  • High Level Panel of Experts on Food Security and Nutrition. (2014). Food losses and waste in the context of sustainable food systems (HLPE Report 8). Food and Agriculture Organization of the United Nations. https://www.fao.org/cfs/cfs-hlpe/publications/hlpe-8/en 

  • Food and Agriculture Organization of the United Nations. (n.d.). FAO policy series: Food loss & food waste. https://www.fao.org/policy-support/policy-themes/food-loss-and-food-waste/fao-policy-series--food-loss---food-waste 

  • Stop Food Loss and Waste. (n.d.). Facts. https://www.stopfoodlosswaste.org/about/facts 

  • European Parliament. (2025, December 17). Deforestation law: Parliament adopts changes to postpone and simplify measures. https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20251211IPR32168/deforestation-law-parliament-adopts-changes-to-postpone-and-simplify-measures 

  • Global Environmental Law Review. (2026, May). European Commission releases new EU Deforestation Regulation measures. https://www.globalelr.com/2026/05/european-commission-releases-new-eu-deforestation-regulation-measures/ 

  • Carbmee. (2026, July). EUDR status update. https://www.carbmee.com/knowledge-insights 

  • Li, B., Carter, S., Schneider, T., Labaste, S., Campbell, O., & Zantow, S. (2026, May 15). What is the EU Deforestation Regulation? 8 key questions, answered. World Resources Institute. https://www.wri.org/insights/explain-eu-deforestation-regulation 

  • Angel, M. (2025, September 22). Ecuador set to become world’s No. 2 cocoa grower, industry head says. Reuters. https://www.investing.com/news/commodities-news/ecuador-set-to-become-worlds-no-2-cocoa-grower-industry-head-says-4248525 

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page